À 23 ans, au sommet de sa gloire parisienne, Joséphine Baker achète avec son compagnon Pepito Abatino la villa Beau-Chêne, au 52 avenue Georges Clemenceau au Vésinet. Elle y vivra dix-huit ans, de 1929 à 1947, faisant de ce vaste parc son refuge loin des projecteurs et des tournées.
Le comte italien Giuseppe « Pepito » Abatino partage la vie de Joséphine Baker et gère sa carrière avec habileté, la faisant passer du statut de danseuse exotique à celui de star populaire. C'est avec lui qu'elle achète et aménage la villa du Vésinet, où le couple reçoit ses amis du monde du spectacle.
Joséphine Baker aime recevoir : concerts et fêtes se succèdent dans le théâtre de verdure du parc de Beau-Chêne. Son souvenir le plus éclatant reste la nuit du 14 juillet 1945, quand elle organise, en l'honneur du sultan du Maroc Mohammed V, un somptueux banquet qui illumine le calme quartier vésigondin de lumières et de musique.
Loin des paillettes, Joséphine Baker mène au Vésinet une existence simple. La villa a été construite par l'architecte Louis Gilbert entre 1890 et 1891, entourée de quelques hectares de terrain — exactement ce qu'il faut pour accueillir tous ses animaux : chiens, chats, singes, perroquets, lapins, tortues, canards, poules, oies, pigeons, faisans et dindons, sans oublier la chèvre Toutoune, Albert le cochon et son célèbre guépard Chiquita, Joséphine aime s’y ressourcer entre deux tournées.
Offerte par le directeur du Casino de Paris, Chiquita, instrument de publicité, a marqué la mémoire des Vésigondins, surtout le jour où elle se sauva de Beau-Chêne pour semer la panique en ville… Elle trouvait très à son « goût » les petits canards dorés de Joséphine… « on trouve au bord de la rivière Chiquita, allongée avec quelques plumes autour de la gueule qui lui font des moustaches supplémentaires ».
La cage de Chiquita au Vésinet
Chiquita devient la compagne la plus célèbre de Joséphine Baker. Elle dispose de sa propre cage dans le parc de la villa ou elle est enfermée quand elle est punie et accompagne parfois l'artiste sur scène, en laisse de diamants…
Joséphine Baker cultive elle-même les grandes serres de sa propriété, alimentées par un réservoir installé dans le parc. Elle y regarde pousser ses plantes avec une patience que l'on imagine mal chez la star mondialement acclamée des scènes parisiennes.
Elle possédait également un magnifique lit qui était censé avoir appartenu à Marie-Antoinette. « Marie-Antoinette y a couché avec Louis XIV » s’exclamait-elle avec fierté… !! » (ses notions d’histoire n’étaient pas à la hauteur de son enthousiasme).
Le 28 juin 1931, Joséphine Baker devient la marraine de la fête du quartier des Charmettes. Généreuse et spontanée, elle se prête volontiers à ce rôle, posant avec les enfants du quartier dont elle restera l'une des figures les plus aimées.
Toujours prête à rendre service à sa ville d'adoption, Joséphine Baker prête sa notoriété à des causes locales : elle vend à leur profit « la Chanson du Coin » pour l'opération « Les gosses à la mer ».
Elle participe également aux arbres de Noël organisés dans la salle des fêtes du Vésinet.
Joséphine Baker donne le départ du Tour de France à trois reprises, en 1933, 1936 et 1937, devant le magasin de cycles de J. Rudolphe, au 15 bis boulevard Carnot. Sa présence, entourée des champions de l'époque, ancre durablement son nom dans la mémoire sportive du Vésinet.
En 1939, le capitaine Jacques Abtey, chef du contre-espionnage français, rencontre Joséphine Baker à la villa Beau-Chêne et lui propose de devenir agent de renseignement.
Elle accepte avec enthousiasme, multipliant les missions sous couvert de ses tournées.
« C'est la France qui m'a fait ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle. La France est douce, il fait bon y vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu'il n'y existe pas de préjugés racistes ».
Dès son retour avec les armées alliées, en 1944, elle court vers son cher Vésinet et retrouve sa villa, occupée par les Allemands puis par les troupes américaines, entièrement « sabotée ». Avec son énergie coutumière, elle remet la maison en état.
Elle sera décorée de la médaille de la Résistance en 1946, de la croix de Guerre et de la légion d’honneur en 1961.
Beau-Chêne sera vendu en 1947 pour financer l’acquisition du Château des Milandes en Dordogne.